Les vrais inventeurs du temps

Les vrais inventeurs du temps (Novembre 2015)

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La plupart des manufactures horlogères soulignent leur côté pionnier et revendiquent d’avoir mis au point telle ou telle complication. Il est vrai que, souvent, un simple nouveau détail de conception ou l’apport d’un élément inédit, même de taille modeste, peut changer la face du temps. Néanmoins, rien n’empêche de rendre à certains « grands inventeurs » le mérite qui leur revient…

Rien ne se crée, tout se transforme, affirmait le chimiste français Lavoisier, au XVIIIe siècle. Pourtant, chaque dispositif mécanique a nécessairement été l’objet d’une invention. Dans le domaine de l’horlogerie, tout amateur éclairé sait que la mise au point du tourbillon, en 1801, est due à Abraham-Louis Breguet. Mais qu’en est-il des autres complications ou des grandes avancées technologiques qui firent dire au mathématicien et philosophe d’Alembert : « Il a fallu une assez longue suite de siècles pour porter les montres au point de perfection où nous les voyons ». Cette phrase ayant été prononcée en 1751, on devine que nombre d’innovations remontent à des dates très anciennes. Par exemple, c’est le physicien et astronome hollandais Huygens qui créa le ressort en spirale destiné à fournir l’énergie à un mouvement horloger. C’était en 1675…

Cinq ans plus tard, l’Anglais Daniel Quare mit au point la première montre de poche répétition minutes. En 1686, il joua encore les précurseurs en positionnant les aiguilles des heures et des minutes sur un seul et même axe, au centre du cadran.

En 1759, un autre Britannique, John Harrison, fabriqua le premier chronomètre de marine suffisamment précis pour permettre de calculer la longitude en pleine mer. Onze ans après, en 1770, ce fut au tour du Suisse Perrelet de s’illustrer en concevant une montre de poche considérée comme l’ancêtre des mouvements automatiques. Dotée d’une masse oscillante, sa création fut d’abord baptisée « montre à secousses ».

1821 a représenté une année cruciale dans l’histoire de l’horlogerie puisque le Français Nicolas Rieussec inventa un instrument pouvant servir à mesurer les temps courts. Un dispositif préfigurant la fonction chronographe…

Un autre Français, Antide Janvier, né en 1751 et disparu en 1835, compte au nombre des génies de l’horlogerie. Il s’illustra en concevant des pendules indiquant le mouvement des planètes, les phases de lune, les marées, les éclipses lunaires et solaires, l’équation du temps et autres fabuleuses complications. C’est d’ailleurs pour lui rendre hommage que Vianney Halter, l’un des horlogers représentés par ma galerie, a baptisé « Manufacture Janvier » les ateliers où il crée aujourd’hui ses montres spectaculaires.

Depuis ces temps anciens, le monde de la créativité horlogère n’a jamais cessé de tourner et la présentation de nouvelles montres s’accompagne régulièrement de dépôts de brevet. Le modèle « Tourbillon des Tourbillons » d’Antoine et Florian Preziuso, couronné le 29 octobre dernier lors du Grand Prix d’Horlogerie de Genève, a ainsi été l’objet de trois brevets internationaux. Tout comme les montres Upside Down et Half Time imaginées par Ludovic Ballouard, dont l’affichage des heures déstructuré a également été breveté.

Lavoisier n’avait donc pas entièrement raison : beaucoup de choses se créent…

Ekaterina Sotnikova

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